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Le lien ville-hôpital s’étiole en cancérologie malgré diverses initiatives de coordination 17 décembre 2015

Plusieurs initiatives de coordination entre la ville et l’hôpital se sont initiées dans les établissements de cancérologie : portail d’information pour les patients, hotline, dossier patient informatisé ouvert… En parallèle, la réflexion est engagée pour une incitation financière à la coordination. Trois mots clés ont guidé les discussions lors des rencontres de la cancérologie française ces 15 et 16 décembre à Paris, selon la présidente de l’événement Véronique Trillet-Lenoir : plurisdiciplinarité, coordination et équité d’accès à l’innovation.
Les initiatives se multiplient pour créer, entretenir ou renouer le contact et ainsi favoriser la coordination de la prise en charge. Quatre d’entre elles ont été mises à l’honneur lors d’une session ce 15 décembre. L’Oncophone, mis en place à l’Institut universitaire du cancer (IUC) de Toulouse, en est un exemple. Cette hotline, cellule gérée par des assistantes médicales, oriente les appels sur un interlocuteur final pour une prise de rendez-vous, un suivi ou un avis médical. L’outil BPC officine, pour bonnes pratiques de la chimiothérapie en officine, du réseau Oncolie et de l’Institut régional fédératif du cancer (IRFC) de Franche-Comté, est quant à lui un des outils proposés par les deux organismes pour favoriser les échanges entre la ville et l’hôpital. Celui-ci permet aux pharmaciens officinaux d’avoir un accès informatisé aux ordonnances d’anticancéreux, par voie orale, prescrites par les oncologues médicaux, radiothérapeutes et hématologues des établissements. Il permet en outre un échange sécurisé entre les professionnels de santé impliqués. Enfin, un quatrième outil a été présenté par Gustave-Roussy à Villejuif (Val-de-Marne) : le Capri, pour cancérologie parcours région en Île-de-France. Ce projet débutera après avoir reçu l’autorisation de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) au premier trimestre 2016. Les malades les plus complexes seront suivis grâce à une plateforme Internet animée par deux infirmiers coordinateurs : ils feront le lien entre le patient à domicile et la médecine de ville pour apporter des réponses précoces et intervenir avant la survenue de tout incident ou de toute évolution défavorable. En parallèle, un essai clinique de coordination des soins sera mené pour mesurer l’impact sur la prise en charge (essai randomisé sur 1 000 patients traités par thérapie orale). À terme, une mise en commun et une mutualisation des outils sont programmées, a annoncé Mahasti Saghatchian, cancérologue à Gustave-Roussy.
Certes, il y a une véritable prise de conscience du défaut de coordination dans le système de soins, a souligné Étienne Minvielle, directeur de la qualité à Gustave-Roussy, à l’occasion d’une conférence de presse. L’oncologue passerait ainsi entre 15 et 30% de son quotidien à rattraper les défauts de coordination, a-t-il illustré. Il constate aussi que les plus vulnérables en sont les premières victimes. Dès lors, on comprend pourquoi les pouvoirs publics ont entamé des réflexions sur la mixité des paiements en vue d’y introduire, à l’instar de l’incitation financière à l’amélioration de la qualité (Ifaq), un équivalent pour la coordination. Ce nouveau mode de paiement à la coordination, selon Étienne Minvielle, pourrait permettre en France de réaliser entre 4 et 5 milliards d’euros d’économies. Et il ne s’adresse pas uniquement à la cancérologie, a pointé Véronique Trillet-Lenoir, mais aussi aux maladies chroniques et à la gériatrie.