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Marisol Touraine présente la stratégie nationale e-santé 2020 en quatre axes 05 juillet 2016

Pour poursuivre la dynamique de la e-santé, le Gouvernement a décidé de mettre en place une stratégie nationale à horizon 2020. Celle-ci sera pilotée par un conseil stratégique installé à l’automne. Elle vise notamment à moderniser les outils de régulation et à mettre le patient au cœur de la e-santé.
La matinée du 4 juillet a été pour la ministre des Affaires sociales et de la Santé consacrée à la e-santé. Présente en ouverture du colloque dédié au big data organisé au Numa, point de ralliement des start-up à Paris, Marisol Touraine a dans son discours rappelé avoir posé un “premier cadre, des règles claires sur l’utilisation des données de santé” avec la loi de Santé (voir encadré). Mais elle a aussi indiqué que le big data est l’un des objectifs de la stratégie nationale e-santé à horizon 2020, dont le contenu a été dévoilé ensuite lors d’une visite dans les locaux de la start-up BePatient. Une stratégie qui se veut “plus ambitieuse et plus complète” que ce qui a été engagé jusqu’à présent. Elle “permettra de fédérer l’action publique autour de quatre principes qui empruntent au meilleur des deux mondes du numérique et de la santé“.

Vers un alourdissement des sanctions

Cette explosion de données nous fait découvrir de nouveaux ordres de grandeur, de nouvelles manières de voir et d’analyser le monde. De nouveaux espoirs aussi, pour les patients, pour la recherche, et notamment celui de guérir le cancer“, a indiqué Marisol Touraine au colloque dédié au big data organisé ce 4 juillet. Elle oblige à “repenser le partage, l’analyse et le stockage des données“. Pour protéger ces données, la ministre a rappelé avoir posé des règles. Et dans le cadre du règlement européen, elle a indiqué travailler avec Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du Numérique, “à l’alourdissement des sanctions en cas de mésusage des données“. Le groupe de travail sur l’évaluation des opportunités et les risques du big data en santé remettra ses conclusions en septembre.

Nouvel administrateur des données de santé

Marisol Touraine a indiqué lors de son discours de présentation que “peu à peu, c’est une nouvelle donne qui se dessine“. En ce sens, elle a cité la part des établissements de santé utilisant un dossier patient informatisé qui est passée de 75 à 95% en trois ans grâce au programme Hôpital numérique. Un effort qui sera poursuivi, a-t-elle ajouté : “le plan d’investissement que j’ai annoncé à la Paris healthcare week cette année comprendra 750millions d’euros(M€) dédiés au numérique et aux outils de coordination autour des parcours de soins“. Dès 2017, tous les citoyens qui le souhaitent pourront créer leur dossier médical partagé (DMP). En outre, l’expérimentation dans neuf territoires de la télémédecine sera dans les prochains jours étendue à la télésurveillance (lire ci-contre). “Une dynamique est enclenchée, elle doit être amplifiée“, a-t-elle souligné. C’est l’objectif de la stratégie nationale. Quatre principes la sous-tendront : fluidité, co-innovation, agilité et sécurité. L’enjeu de la fluidité est “de faciliter le partage d’informations en santé pour les rendre disponibles où il faut, quand il faut“. La loi de Santé permet de “structurer l’action des éditeurs de logiciels en santé autour de règles opposables et de terminologies partagées“. Côté patients, la ministre a réitéré son souhait d’un blue button à la française. Sur ce sujet, elle confie à la Conférence nationale de santé (CNS) la définition dès cette année des contours de ce projet, en lien avec le DMP. En parallèle, une fonction d’administrateur des données de santé, “dont l’une des missions sera d’accélérer l’open data en santé“, sera créée au ministère de la Santé. Enfin, à l’issue de la réflexion engagée sur le big data, elle lancera “cet automne un plan big data en santé afin d’aller plus loin encore dans la valorisation des données“.

Une stratégie nationale en quatre axes

La stratégie e-santé du Gouvernement a pour ambition “d’agir à la fois pour mobiliser les ressources du numérique à grande échelle au service des citoyens, usagers de notre système de santé“. Et ceci autour de quatre axes :

  • mettre le citoyen au cœur de la e-santé :

– renforcer et simplifier l’accès aux soins – développer les services aux patients pour favoriser leur autonomie – outiller la démocratie sanitaire

  • soutenir l’innovation par les professionnels de santé :

– développer des cursus de formation des professionnels de santé autour du numérique – soutenir les professionnels de santé qui s’engagent en faveur de l’innovation numérique – accompagner le développement des systèmes d’aide à la décision médicale – soutenir la co-innovation avec les patients et les industriels

  • simplifier le cadre d’action pour les acteurs économiques :

– établir une gouvernance plus lisible et ouverte de la e-santé – favoriser le partage de priorités entre acteurs publics et économiques en matière de systèmes d’information – clarifier les voies d’accès au marché des solutions e-santé – déployer un cadre d’interopérabilité facilitant l’intégration des innovations

  • moderniser les outils de régulation de notre système de santé :

– assurer la sécurité des systèmes d’information – accélérer le développement de méthodes d’évaluation adaptées aux solutions multitechnologiques – utiliser le numérique au service de la veille et de la surveillance sanitaire – lever les freins au développement du big data au service de la santé, dans des conditions définies avec les citoyens

Les innovations qui fonctionnent sont celles qui naissent des besoins des patients, des professionnels de santé, des chercheurs“, a indiqué Marisol Touraine. Et pour comprendre ces besoins, les entrepreneurs doivent travailler au contact des professionnels de santé, connaître leurs attentes mais aussi les impliquer dans leurs travaux. Elle a cité en exemple la mise à disposition d’espaces dédiés aux start-up dans les hôpitaux, autour d’un projet médical clairement défini, dans le cadre des instituts hospitalo-universitaires, comme celui de Strasbourg. “Je souhaite développer ces espaces de co-innovation à l’hôpital et en ville“, a-t-elle insisté. Concrètement, le ministère de la Santé appuiera le développement des living labs en santé. Des appels à projets ouvrant le droit à des expérimentations réglementaires seront aussi lancés. Les pouvoirs publics doivent aussi “s’ouvrir davantage à l’innovation“. Actuellement, les méthodes d’évaluation des produits de santé “ne sont pas adaptées aux dispositifs de e-santé“, ces modèles devant tenir compte notamment du retour des utilisateurs. La ministre a donc demandé à la Haute Autorité de santé (HAS) de s’emparer de ce sujet en lien avec le délégué à l’innovation en santé. “Par ailleurs, j’ai décidé que l’évaluation des solutions e-santé serait une priorité nationale du prochain programme de recherche sur la performance du système des soins“, a-t-elle souligné.

Un conseil stratégique comme pilote

Dans le cadre de la stratégie nationale e-santé 2020, l’appui aux établissements de santé qui simplifie les démarches administratives des patients s’agissant de l’admission, de la prise de rendez-vous en ligne ou du paiement des factures sera renforcé. Une plateforme numérique facilitant la consultation et la participation des usagers sera également installée et, sur ce point, la CNS “apportera également une contribution utile“, a expliqué la ministre. Pour promouvoir l’évaluation des applications mobiles et des objets connectés en santé, elle souhaite qu’une démarche fonctionnant sur le “faire ensemble” et tirant parti de l’initiative et de la créativité des individus à l’extérieur soit initiée. Enfin, dernier principe, celui de la sécurité, “condition sine qua non de la confiance et de l’acceptabilité de l’innovation“. Et les systèmes d’information sont “un élément essentiel de la continuité et de la sécurité des soins“. Leurs responsables doivent prendre “toute la mesure de leur responsabilité dans ce domaine et toutes les mesures nécessaires pour garantir leur fonctionnement“, a-t-elle ajouté. Un plan d’action sur la sécurisation des systèmes d’information en santé sera dans ce cadre publié. Il sera construit avec les organisations professionnelles concernées. Le pilotage de cette stratégie nationale e-santé 2020 sera confiée à un conseil stratégique installé à l’automne. Il réunira, sous le pilotage du ministère, les représentants des professionnels de santé, des usagers, des industriels, ainsi que les institutions publiques concernées, a détaillé Marisol Touraine.

BePatient

Avant de lancer sa stratégie nationale e-santé 2020, la ministre des Affaires sociales et de la Santé a visité les locaux de BePatient. Née en janvier 2011, la start-up propose une plateforme utilisée par des établissements de santé à destination de leurs patients, comme l’Hôpital Saint-Joseph à Paris (14e), l’IHU de Strasbourg, le CHRU de Lille, les Hospices civils de Lyon ou encore l’hôpital Bicêtre de l’Assistance publique-hôpitaux de Paris (AP-HP). Elle leur permet, est-il indiqué sur le site, de concevoir leurs propres programmes de santé digitale. Ils peuvent pour cela sélectionner et personnaliser les modules adaptés. Côté patient, BePatient s’impose comme un “véritable compagnon digital“, les aidant à comprendre leur maladie, à apprendre à la gérer ou encore à appréhender leur parcours de soin.

Source : Hospimédia, le 5 Juillet 2016